Dans une entreprise, les compétences vieillissent parfois plus vite que les ordinateurs portables. Un nouvel outil arrive, les habitudes changent, les clients attendent davantage : et voilà une équipe qui doit apprendre en continu, sans pour autant mettre son activité sur pause. C’est précisément dans ce contexte que les plateformes de formation en ligne, comme LinkedIn Learning, ont trouvé leur place.
Le principe est simple : accéder à des cours vidéo sur des sujets professionnels, depuis son ordinateur ou son téléphone, et avancer à son rythme. Mais une bibliothèque de cours ne fait pas automatiquement progresser une carrière. Pour que l’apprentissage en ligne porte ses fruits, il faut choisir les bonnes compétences, organiser son temps et transformer les connaissances en actions concrètes. Alors, comment utiliser LinkedIn Learning sans accumuler les vidéos… et les bonnes intentions ?
LinkedIn Learning, une bibliothèque de compétences à portée de clic
LinkedIn Learning est une plateforme de formation en ligne rattachée à LinkedIn. Elle propose des cours dans des domaines variés : bureautique, gestion de projet, communication, marketing, analyse de données, leadership, développement informatique ou encore compétences relationnelles. Les contenus sont généralement présentés sous forme de vidéos courtes, accompagnées d’exercices ou de ressources selon les cours.
La plateforme s’adresse à plusieurs profils. Un salarié peut renforcer une compétence utile dans son poste actuel. Un responsable peut découvrir des méthodes pour mieux accompagner son équipe. Un indépendant peut apprendre à structurer sa prospection ou à améliorer sa présence en ligne. Et une personne en reconversion peut explorer un domaine avant de s’y engager pleinement.
La promesse est séduisante : apprendre quand on le souhaite, sans devoir se déplacer ni bloquer une journée entière. Mais le vrai avantage ne réside pas seulement dans l’accès aux vidéos. C’est la possibilité de construire un apprentissage adapté à un besoin précis, au moment où ce besoin se présente.
Partir d’un besoin réel, pas d’une envie vague
« Je devrais me former au digital » ressemble à un projet. En réalité, c’est surtout une phrase assez large pour repousser le début de la formation jusqu’à nouvel ordre. Avant de chercher un cours, mieux vaut identifier une situation concrète à améliorer.
Par exemple, un responsable marketing peut constater que ses campagnes sont difficiles à mesurer. Son besoin n’est pas simplement d’« apprendre le marketing » : il peut s’agir de mieux comprendre les indicateurs de performance, de structurer un tableau de bord ou d’interpréter les résultats d’une campagne. Un responsable logistique, lui, cherchera peut-être à mieux exploiter les données de stock ou à améliorer la coordination entre les équipes.
Une question utile pour commencer : quelle tâche professionnelle me prend trop de temps, me met en difficulté ou pourrait produire de meilleurs résultats ? La réponse aide à repérer la compétence à développer. Elle donne aussi un critère pour évaluer le cours : à la fin, saurai-je faire quelque chose que je ne savais pas faire avant ?
Pour préciser son objectif, on peut noter :
- la situation ou la tâche à améliorer ;
- la compétence qui manque ou qui mérite d’être renforcée ;
- le résultat attendu, observable dans le travail quotidien ;
- le temps que l’on peut raisonnablement consacrer à l’apprentissage.
Cette étape évite de choisir un cours parce que son titre paraît tendance. L’intelligence artificielle, par exemple, suscite beaucoup d’intérêt. Mais si le véritable problème est de rédiger des comptes rendus plus clairs ou d’automatiser une tâche répétitive, il faut d’abord chercher une formation reliée à cet usage précis.
Choisir un cours qui correspond à son niveau
Une fois le besoin identifié, reste à sélectionner le bon contenu. Les thèmes proposés sont nombreux, et deux cours portant presque le même nom peuvent avoir des approches très différentes. Certains introduisent les bases d’un sujet ; d’autres s’adressent à des personnes qui possèdent déjà des connaissances.
Avant de commencer, prenez le temps de consulter la description, les objectifs annoncés, la durée et le plan du cours. Regardez également le profil du formateur et, lorsqu’elles sont disponibles, les évaluations ou les informations sur le public visé. Un programme qui mentionne les outils ou les compétences abordés permet de vérifier si le contenu répond réellement à votre besoin.
La durée compte, mais elle ne doit pas être le seul critère. Un cours court peut être idéal pour découvrir une notion ou prendre en main une fonctionnalité. Pour acquérir une compétence plus complexe, une formation plus longue ou un parcours composé de plusieurs cours sera peut-être plus pertinent. L’important est de rester réaliste : mieux vaut terminer un cours bien choisi que démarrer cinq formations en parallèle.
LinkedIn Learning propose aussi des parcours d’apprentissage regroupant plusieurs contenus autour d’un sujet ou d’un objectif. Ils peuvent aider à progresser de manière plus structurée, surtout lorsqu’on ne sait pas par où commencer. Toutefois, un parcours reste un guide, pas une garantie de maîtrise. Il faut toujours vérifier que les cours correspondent à son niveau et à ses situations de travail.
Apprendre sans transformer son agenda en puzzle
La formation en ligne offre de la souplesse. Cette souplesse a toutefois un petit défaut : si l’on ne réserve aucun moment à l’apprentissage, les urgences professionnelles trouvent toujours une place avant lui. Les vidéos attendront sagement. Votre boîte de réception, beaucoup moins.
Une méthode simple consiste à prévoir des séances courtes et régulières. Par exemple, vingt minutes deux ou trois fois par semaine peuvent être plus faciles à tenir qu’une longue séance improvisée le dimanche soir. On peut associer la formation à un moment stable : le début de journée, une plage calme après une réunion ou un créneau réservé dans son calendrier.
Pour que ces séances restent utiles, adoptez quelques réflexes :
- fixez un objectif limité pour chaque session, comme comprendre une fonction ou retenir une méthode ;
- prenez des notes dans vos propres mots, plutôt que de recopier toute la vidéo ;
- mettez les notions en pause pour les reformuler ou tester une idée ;
- reprenez rapidement le cours après une interruption, afin de ne pas perdre le fil ;
- prévoyez une application concrète à la fin de chaque chapitre ou module.
Dans mon expérience de consultant, le problème n’est généralement pas le manque de contenus. C’est le passage entre « je viens de comprendre » et « je sais le faire dans mon travail ». Cette transition demande un peu de pratique. Apprendre à construire un tableau de bord, par exemple, implique de manipuler des données réelles, pas seulement de reconnaître le bon bouton dans une vidéo.
Transformer les vidéos en compétences professionnelles
Une compétence ne se mesure pas au nombre d’heures passées devant un écran. Elle se voit dans ce que l’on parvient à réaliser. Après chaque séance, demandez-vous comment utiliser l’idée apprise dans une situation concrète. Si vous suivez un cours sur la prise de parole, entraînez-vous à présenter un point lors de votre prochaine réunion. Si vous découvrez une méthode de gestion de projet, testez-la sur une tâche limitée avant de la généraliser.
Cette application peut rester modeste. Il n’est pas nécessaire de réorganiser toute l’entreprise après un module sur l’efficacité. Vous pouvez commencer par simplifier un compte rendu, clarifier les responsabilités d’un projet ou tester un modèle de suivi. Un petit changement permet de vérifier si la méthode convient à votre contexte.
Il est également utile de solliciter un retour. Un collègue peut repérer un progrès dans une présentation ou signaler qu’un nouveau processus reste difficile à suivre. Ce regard extérieur complète l’auto-évaluation et révèle parfois un décalage entre ce que l’on pense avoir appris et ce que l’on sait réellement mettre en pratique.
Pour mesurer vos progrès, gardez une trace de quelques éléments : les tâches que vous réalisez désormais plus facilement, le temps gagné, les erreurs évitées ou les résultats obtenus. Ces indicateurs n’ont pas besoin d’être sophistiqués. Leur intérêt est de rendre l’apprentissage visible et de vous aider à décider de la suite.
Mettre en valeur ses apprentissages sur LinkedIn
Selon le cours et les modalités de la plateforme, un certificat de réussite peut être délivré lorsque les conditions prévues sont remplies. Il peut ensuite être ajouté à son profil LinkedIn. C’est un moyen de signaler un apprentissage, mais il faut garder le sens des proportions : un certificat atteste généralement que l’on a suivi ou achevé un cours, pas que l’on maîtrise parfaitement une compétence dans toutes les situations.
Pour rendre cette information plus parlante, reliez-la à une réalisation. Au lieu de simplement annoncer une formation en gestion de projet, expliquez comment vous avez utilisé une méthode apprise pour mieux organiser un projet ou coordonner une équipe. Un recruteur ou un responsable cherche souvent à comprendre ce que vous savez faire, pas seulement le nom des cours terminés.
Les compétences affichées sur un profil doivent elles aussi correspondre à la réalité. Ajouter une compétence parce qu’elle apparaît dans un cours ne suffit pas à la démontrer. En revanche, une formation suivie, un exercice pratique et une expérience concrète forment un ensemble plus crédible. Le profil devient alors le reflet d’une progression, plutôt qu’un catalogue de mots-clés.
Pour les entreprises : former sans oublier le terrain
Les entreprises peuvent utiliser LinkedIn Learning pour soutenir le développement professionnel de leurs équipes, notamment lorsque plusieurs personnes doivent acquérir des connaissances communes. La plateforme peut servir à préparer un changement d’outil, à renforcer des compétences managériales ou à proposer des ressources à des collaborateurs qui souhaitent évoluer.
Mais offrir un accès à une plateforme ne constitue pas, à lui seul, une stratégie de formation. Si les employés n’ont ni temps prévu ni objectif clair, l’initiative risque de se perdre au milieu des priorités. La direction peut améliorer les chances de réussite en reliant les parcours proposés aux objectifs de l’équipe et en discutant régulièrement des compétences à développer.
Un responsable peut, par exemple, définir avec ses collaborateurs une compétence prioritaire pour le trimestre, prévoir un créneau dédié et organiser un échange après la formation. Qu’est-ce qui a été utile ? Qu’est-ce qui peut être appliqué immédiatement ? Quels obstacles empêchent la mise en pratique ? Ces questions font de l’apprentissage un sujet de travail collectif, et non une activité à accomplir discrètement entre deux réunions.
Il faut également tenir compte des limites de chaque cours. Une formation standardisée ne connaît pas automatiquement les processus internes, les outils spécifiques ou les contraintes de l’entreprise. Elle peut apporter des repères et une méthode ; l’accompagnement des managers et l’expérience du terrain restent essentiels pour adapter ces apports.
Éviter les pièges de l’apprentissage en ligne
Le premier piège est de confondre accumulation et progression. Commencer beaucoup de cours procure parfois une agréable impression d’élan. Pourtant, la compétence se construit davantage en terminant un parcours cohérent et en pratiquant qu’en collectionnant les premiers chapitres.
Le deuxième est de choisir uniquement des formations faciles ou familières. On apprend aussi en explorant un sujet nouveau, à condition de respecter son niveau de départ. À l’inverse, viser une formation trop avancée peut décourager. Si le contenu semble opaque, il vaut mieux revenir aux bases que conclure — pardon, décider — que le sujet n’est pas fait pour vous.
Enfin, vérifiez les conditions d’accès et les fonctionnalités disponibles. L’offre, les modalités d’abonnement et certaines options peuvent varier selon le pays, le type de compte ou l’organisation. Si vous envisagez un abonnement individuel ou collectif, consultez les informations tarifaires et les conditions en vigueur avant de vous engager.
LinkedIn Learning peut devenir un véritable levier de développement professionnel si l’on traite la formation comme un moyen, et non comme une fin. Un objectif clair, un rythme tenable, un peu de pratique et un retour sur les résultats : voilà une combinaison plus solide qu’une longue liste de vidéos terminées. Au fond, la question n’est pas seulement « Quel cours vais-je suivre ? » mais « Qu’est-ce que je pourrai faire différemment dès la semaine prochaine ? ».
